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Super Mario : Mode d'emploi
France-Football, le 10/10/2017 à 08h43

Depuis dix ans, Mario Balotelli représente un insoluble et horripilant casse-tête pour ses entraîneur et ses coéquipiers, souvent désarmés face à autant de talent et de légèreté. Pourtant, depuis plus d'un an, Nice réussit à gérer le turbulent sans trop de heurts, et s'en montre satisfait. Le fruit d'une gestion au millimètre. FF a établi le tutoriel pour jouer avec Super Mario.

Sur le bord du terrain, Lucien Favre lui parle, s'anime. Mario Balotelli se désaltère, jamais n'opine ou ne répond. L'écoute-t-il seulement ? Il semble ailleurs. De retour sur le terrain, il marche, loin du jeu. Son entraîneur l'invective à distance. Sans effet apparent. À dix minutes de la fin, alors que son remplacement est imminent, l'italien envoie une frappe incroyable de puissance dans les filets rennais. Ce match de la 6e journée (à Rennes, 0-1, le 17 septembre) illustre jusqu'à la caricature le débat qu'alimente l'italien depuis son arrivée en L1, il y a un an. Entre ceux qui louent l'incroyable talent de buteur de ce « diamant brut » et ceux pour qui un éclair de génie ne compensera jamais le manque d'implication dans le jeu collectif, la discussion est sans fin et dure depuis des années. Au Gym, on n'en est plus là. À partir du moment où le club a misé sur lui la saison dernière, où il a prolongé J'aventure cet été, on l'accepte comme il est. Sans s'en contenter. Et si c'est ici que la tâche se complique, c'est là aussi qtfelle prend tout son intérêt. Comment gérer celui que tant de clubs ont décrété ingérable? Comment intégrer au projet collectif un électron libre qui n'en fait qu'à sa tête? Conment faire progresser un joueur qui n'a pas acquis la culture du travail et de l'effort?

LES JURISPRUDENCES ANIN ET BEN ARFA


Chaque fois qu'on aborde le sujet Balotelli avec Lucien Favre, il répond invariablement et avec le sourire qu'il faudra être patient. « Il y a un gros travail de reconstruction qui va durer, expliquait-il la saison dernière sur Canal +. Il est nécessaire qu'il y ait plus de mouvement dans le futur, en termes de démarquage offensif, avec un minimun de replacement défensif. Ça va aller très, très tranquillement. Il ne faut pas rêver, il ne courra jamais onze kilomètres durant un match, mais il doit comprendre que des efforts sont indispensables pour ce qu'il veut redevenir. » Si le technicien ne s'est pas opposé à ce qu'il reste cet été, c'est à la fois parce qu'il sait qu'un buteur de cette qualité est rare et normalement inabordable pour un club comme Nice, mais aussi parce qu'il a appris à connaître l'homme, qu'il sait sa bonne volonté, avec tous les bémols de rigueur car on ne changera jamais complètement Super Mario.
À Nice, Claude Puel avait été confronté à un cas assez similaire avec Hatem Ben Arfa, arrivé lui aussi en situation d'échec. « Il y a des joueurs qu'on doit aborder différemment, explique Puel. C'était le cas avec Hatem mais aussi avec Kévin Anin, arrivé avec une réputation déplorable. La première des choses, c'est d'avoir une bonne discussion pour savoir si le joueur n'est pas un je-m'en-foutiste, histoire de ne pas perdre de temps pour rien. Ensuite, ce doit être du gagnant-gagnant. On accepte sa différence mais il a des devoirs envers le groupe, qui accepte qu'il soit géré différemment. Une fois cela posé, c'est passionnant en termes de management: comment utiliser son potentiel et préserver ce qui fait sa différence tout en respectant la vie du groupe. On ne change pas les gens, donc, il faut jouer sur leurs points forts. »

AUX ANTIPODES DE LA CONCEPTION
DU FOOT DE FAVRE


Le cas Balotelli est sans doute passionnant, mais il nécessite un véritable investissement que Klopp à Liverpool et d'autres avant lui n'ont pas voulu ou pu pousser. Dans ce cas, on coupe la branche et on la laisse pousser toute seul dans son coin. La patience de Lucien Favre n'est pas sans limite et laisse parfois place à l'agacement. À chaud, après le retour contre Naples (2-0, en barrages retour de la Cl, fin août), alors qu'il ne manquait pas de préoccupations puisque son équipe venait d'être largement dominée, alors qu'il pouvait légitimement s'inquiéter du possible départ de Séri et qu'il cherchait à retrouver l'équilibre de la saison précédente, le Suisse avait été cassant et les oreilles de l'italien avaient sifflé. « Quand il y en a un ou deux qui ne font rien du tout sur le terrain, c'est impossible de gagner un match contre qui que ce soit. » Déjà déçu d'être passé au travers d'un match que toute l'Italie observait, Balotelli avait été vexé de la réaction de son coach. Une discussion s'ensuivit entre les deux hommes et tout est rentré dans l'ordre. Ceux qui connaissent la conception du football de Favre savent qu'elle est aux antipodes de ce profil de joueur, que le monolithe Balotelli fait tache dans le jeu en mouvement qu'il prône. Mais le Suisse apprécie la personnalité attachante de son attaquant, et il est pragmatique. Il laisse ses adjoints Frédéric Gioria et Adrian Ursea se préoccuper du cas Mario. « C'est quelqu'un qui a besoin de sentir la confiance, d'hypersensible à ça, a constaté Ursea. Ça ne sert à rien de le bousculer, il faut l'écouter, le comprendre, le soutenir. Je passe beaucoup de temps à discuter avec lui. Il m'a parlé de son parcours, de ses anciens coaches, de ses entraînements ... Il m'a dit qu'il appréciait ce que faisait Prandelli (NDLR: l'ancien sélectionneur de la Squadra), qui lui parlait, lui donnait deux ou trois consignes durant les matches, qu'il avait besoin de cela. J'ai remonté l'info à Lucien, qui, depuis, lui parle davantage durant les matches. »

«QUELQU'UN DE TRÈS SENSIBLE»


Le dialogue est d'autant plus facile que l'italien a séduit tout le monde au club. Fred Gioria: « Il a des valeurs que j'aime, des valeurs de respect, d'éducation, même s'il a été une star très jeune et a vite gagné beaucoup d'argent. Je ne pensais vraiment pas qu'il serait encore avec nous cette année, mais, en fin de saison dernière, quand je lui souhaitais bon vent pour la suite, il m'avait dit: "C'est pas fini,c'est pas fini". Ça m'avait surpris. » Adrian Ursea: « C'est quelqu'un de très sensible, de très généreux. Au-delà des joueurs, Lucien a une affection pour les hommes, et Mario est quelqu'un d'attachant, Lucien le ressent. Quand ils se sont dit "adieu" en fin de saison dernière, c'était un moment assez émouvant. » Ce n'était finalement qu'un au revoir. Balotelli est revenu et tout le monde en est ravi. Les ultras niçois en ont fait leur héros. Ses coéquipiers l'ont adopté, à l'image de Cardinale, pote de déconne qui n'hésite pas à le bousculer quand il le faut. L'influence d'un Dante est également très importante. Balotelli est à l'écoute d'un joueur qu'il respecte pour son parcours, son palmarès. Le Brésilien n'hésite d'ailleurs pas à hausser le ton parfois quand l'italien rechigne à certains exercices. « Mario, il faut lui parler franchement. Il a tellement de qualités ! Et, pourtant, j'ai joué avec de grands attaquants... Lui n'a pas le droit de se déconcentrer, de rater des choses faciles. Il est trop fort pour ça. » Tous les soutiens sont les bienvenus pour l'inciter aux efforts nécessaires, pour lui apporter cette culture du travail qu'il n'a pas et qui aurait peut-être pu lui permettre de décrocher le Ballon d'Or dont il rêvait et qu'il n'aura jamais. Pas assez d'exigence envers lui-même, trop de mauvais plis qui ne s'effaceront jamais complètement. Mais, peu à peu, la bonne parole éclaire son chemin. « Tranquillement », comme le dit Favre.

« IL A RETROUVÉ UNE VIE
DE FOOTBALLEUR »


Il y a quinze jours, au retour de Waregem, dans l'avion, l'italien regardait son match (1-5) et apostrophait le préparateur physique : « Tu as vu ? J'ai été bon, j'ai été bon jusqu'au bout. » Comme un gamin fier d'être allé au-delà de ses limites. En fin de première période, il avait pourtant semblé sortir du match, comme cela lui arrive. Nerveux, agacé, il avait même reçu un avertissement. Mais, après la pause, on avait retrouvé un Balotelli concerné. Et buteur. « C'est vrai que, parfois, Mario sort d'un match, convient Ursea. Je crois que ça tient à la fois de sa culture et de sa forme physique. Pour lui, un match réussi est un match où il marque. Il est né pour faire la différence, il ne vit que pour cela. Quand il est moins bien physiquement, il s'économise pour garder le jus nécessaire lorsque l'occasion de marquer se présentera ». Voir le match à Rennes. Cette rencontre était la troisième qu'il disputait en une semaine après Monaco (un doublé) et Zulte-Waregem (un but). Oui, Balotelli enchaîne les matches désormais, et ça, c'est nouveau. Il n'a pas joué à Amiens (4e journée), mais a ensuite disputé toutes les rencontres de Championnat et de Ligue Europa. « Cette année, pour la première fois depuis très, très longtemps, il a bénéficié d' une vraie préparation, explique Gioria. Il a retrouvé un rythme d'entraînement, une vie de footballeur. » Il en avait perdu l'habitude, et l'ami "Cardi" n'a pas manqué de le chambrer pendant le stage de Divonne-les-Bains alors qu'il traînait les pieds: « Faut courir, Mario! T'es plus en Premier League. » Adrian Ursea: « La saison dernière, il a réussi des coups d'éclat contre l'OM, Monaco, mais, faute de préparation, il a subi un contrecoup: quelques petites blessures et de l'agacement, car il sentait que son corps ne répondait pas comme il le voulait, ce qui lui a valu quelques cartons. »

« IL PEUT VOUS DÉCROCHER LA LUNE »


Aujourd'hui, Balotelli enchaîne, marque, et son entente avec Alassane Plea est des plus efficaces. Et complémentaire. À Plea le mouvement que prône Favre, à Balotelli le point de fixation qui attire les défenses. Le latéral nantais Léo Dubois, qui l'a croisé la saison dernière à deux reprises, témoigne: « On lui reproche de marcher, mais je peux vous dire que, pour un défenseur, c'est un joueur très compliqué à marquer. Déjà, il est puissant et joue très bien de son corps. Quand on est face à un attaquant qui percute tout le temps, qui va au contact, à la limite, c'est plus simple sur le plan de la concentration, car on est dans un duel attaquant-défenseur classique. Lui sort du match, parfois, il est derrière vous, hors jeu, mais vous n'êtes jamais rassuré, toujours obligé de garder un oeil. Et on peut finir par l'oublier. Regardez Messi. Lui aussi sort régulièrement du jeu, est loin de l'action, du ballon, il marche. Et quand il décide d'y revenir... il est trop tard pour le défenseur! » Le débat autour de l'italien reviendra inévitablement. Ce qui est certain, c'est que Mario Balotelli a trouvé le cadre idéal pour exprimer des qualités devant le but qu'il n'a jamais perdues. « Dans un club où les talents sont nombreux,c'est plus compliqué d'avoir cette approche particulière avec un joueur, fût-il plein de talent, admet Claude Puel en pensant à Ben Arfa à Paris. Je ne suis pas un sorcier. Si ça marché avec Hatem, c'est parce qu'il était réceptif, parce qu'il avait appris de ses échecs, qu'il avait mûri. Plus tôt dans sa carrière, ç'aurait peut-être été différent. » On peut penser la même chose de Mario Balotelli, dans l'impasse avant de rejoindre le Gym. « Mario a grandi, reconnait Ursea. Il a vieilli, il est papa. Il me l'a dit: "Maintenant, je ne peux plus faire n'importe quoi." » Surtout, Super Mario a dans un coin de la tête cette Coupe du monde 2018 qu'il rêve de disputer avec l'Italie. Fred Gioria veut y croire: « S'il parvient à enchaîner les matches, s'il est épargné par les pépins physiques, s'il retrouve une constance, il a une belle carte à jouer. À condition qu'on oublie toutes les étiquettes qu'on lui a collées. Comme tout le monde, je le connaissais avant qu'il vienne chez nous, mais je ne l'imaginais pas aussi fort. C'est quelqu'un qui peut vous décrocher la lune. »




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10e journee de Ligue 1
dim. 22/10/2017 à 15h


Nice - Strasbourg : 1-2

Résumé »



  11e journee de Ligue 1
ven. 27/10/2017 à 20h45



Pts J V N D Diff
 12.    Angers 12 10 2 6 2 +2
 13.    Troyes 12 10 3 3 4 -5
 14.    Nice 10 10 3 1 6 -3
 15.    Rennes 9 10 2 3 5 -3
 16.    Amiens 9 9 3 0 6 -6



   8e  dim. 01/10 (21h) Nice - Marseille : 2 - 4
   9e  dim. 15/10 (17h) Montpellier - Nice : 2 - 0
  jeu. 19/10 (19h) Nice - Lazio : 1 - 3
   10e  dim. 22/10 (15h) Nice - Strasbourg : 1 - 2
   11e  ven. 27/10 (20h45) PSG - Nice
  jeu. 02/11 (21h05) Lazio - Nice
   12e  dim. 05/11 (15h) Nice - Dijon